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Se préparer au “big shift” de la stratégie Microsoft

[new:31/12/2011]Tout le monde se souvient de cette petite phrase lâchée par Bob Muglia avant l’été “Our strategy with Silverlight has shifted”, ce qu’on traduirait par “notre stratégie à propos de Silverlight s’est déplacée”. Clair et nébuleux à la fois. La panique a envahi depuis le monde Silverlight, malgré la V5 qui va sortir très prochainement, la question devient “y-aura-t-il une V6 ?”. Mais je crois sincèrement que les vraies questions sont ailleurs. Microsoft a “shifté” sa stratégie, globalement, pas seulement autour de SL. Quelques éléments de réflexion pour mieux comprendre l’avenir. {Nota: le blog a subi une attaque qui a détruit ce billet et tous les commentaires, ceci est donc un nouveau post du même billet} 

Our Strategy with Silverlight has shifted

Bien entendu cela semble bien ciblé, c’est Silverlight dont il est question et de rien d’autre. Mais est-ce si clair ? D’ailleurs Bob Muglia a quitté Microsoft depuis cette annonce. Non pas que je crois que les deux évènements soient liés aussi directement, mais tout simplement parce que Microsoft a “shifté” toute sa stratégie. Muglia a été poussé vers la sortie au profit de Steven Sinofsky. Le titre exact de leur poste est différent, mais leur rôle de leader a bien été échangé. Et ce ne sont pas les seuls modifications, d’autres jeux de chaises musicales ont eu lieu chez Microsoft.

Tout ce remue-ménage ne peut avoir pour seul point de départ et seul centre d’intérêt Silverlight, même si nous avons tous, nous les amoureux de SL, la tentation de tout ramener à ce fantastique plugin.

Non, c’est une changement de stratégie en profondeur. Décodons-le.

Back to 80’s

Dans les années 80, les développeurs et éditeurs de logiciels se sont trouvés dans une situation très embarrassante : Quelle plateforme choisir pour développer un nouveau logiciel ? D’un côté nous avions Apple, tout auréolé de sa capacité à produire des machines comme l’Apple II ou le Mac, et de l’autre l’arrivée fracassante de l’IBM PC. Faire confiance à ceux qui savaient produire des micros depuis un moment ou faire confiance au poids gigantesque de l’image de marque IBM qui représentait tout le sérieux de la grosse informatique à cette époque.

Pour beaucoup de lecteurs il s’agit d’une époque tellement lointaine que certains n’étaient peut-être pas encore nés. Mais je vous assure que pour un éditeur de logiciel faire le choix Apple ou IBM à cette époque a été un vrai cauchemar. Choisir l’un et risquer de tout perdre si on se trompait, choisir les deux et doubler les couts de développement et ne plus avoir assez de ressources pour lancer le produit...

Ne plaisantez pas sur ce passage d’ancien combattant... vous allez y être plongé de gré ou de force et d’une façon encore pire que vos ainés !

Mais pour comprendre suivons le fil de l’histoire.

Le tout-PC-Microsoft

Ce cauchemar a été certainement l’un des moteurs de la grande bascule qui a eu lieu, le marché, notamment des entreprises, basculant vers le PC, chaque bastion gagné faisant de plus en plus pencher la balance en faveur de cette plateforme et entrainant encore plus vite, par effet boule de neige, son adoption par d’autres entreprises dans le monde.

Se fut l’avènement des PC. Et donc celui de MSDOS, suivi après par Windows.

Heureux les informaticiens ayant connu cette glorieuse époque ! 100% du marché de la micro informatique était fait de PC, et 95% de ces PC marchaient sous MSDOS puis Windows.

Le cauchemar avait enfin pris fin.

Plus de question à se poser concernant le choix de la plateforme pour développer. C’était pour des PC, et donc pour de l’OS Microsoft.

Epoque bénie entre toutes où nous avions préféré être captifs d’un seul éditeur, d’une seule architecture, car en retour nous avions gagné la stabilité, l’abaissement des risques lié au choix de la plateforme, l’abaissement des couts de production (une seule version d’un soft au lieu de plusieurs pour plusieurs OS).

Les progrès immenses de la micro informatique des années 90 et 2000 n’a qu’un seul moteur principal : l’uniformisation et la garantie de stabilité du parc mondial lié à la domination de Microsoft et de la plateforme hardware PC.

Il ne faudra jamais oublié ce point essentiel. Car cet âge d’or est aujourd’hui révolu par la volonté d’un fou haineux. Vous comprendrez plus loin...

Comme le prouvait dernièrement une enquête, pour la majorité des gens, c’est Microsoft qui a révolutionné la micro informatique et non pas Apple, car Microsoft a permis la banalisation de l’outil informatique. Et le fait que tout le monde puisse avoir accès à cette technologie compte bien plus que la poignée de bobos qui pouvaient se payer un Mac pour décorer leur bureau (médecins, gosses de riches...).

La domination de Microsoft et de la plateforme PC a été l’origine de l’explosion de la micro dans le monde.

Il y a bien eu la naissance d’un sentiment anti “M$” comme on l’écrivait. Le sentiment d’être prisonnier de la volonté d’un seul éditeur. Les procès en position dominante, et le jeu, il est vrai, parfois trouble de Microsoft n’hésitant pas à utiliser des pratiques assez peu “friendly” avec la concurrence. Mais après tout, le modèle libéral américain c’est çà : écraser le plus de concurrents pour devenir le meilleur.

Sauf que ce rêve du libéralisme n’est qu’un leurre : lorsqu’il y a un vrai bon élève qui applique bien toutes les règles de ce jeu sans règle, on lui tape dessus. Preuve que le libéralisme ne peut fonctionner que si le rêve ne reste qu’un rêve et qu’aucune entreprise ne gagne la partie... C’est à cette époque que j’ai pris conscience que le libéralisme était une idéologie aussi morte que l’était celle du communisme à la soviétique. mais c’est une autre histoire !

L’heure du basculement technologique

Mais tout à une fin.

Si Microsoft a su rester leader sur la plateforme PC, c’est la plateforme PC qui ne représente plus 100% de la micro informatique ! Cruel coup du sort...

Microsoft est devenu le roi d’un royaume qui se rétrécit.

Non pas qu’il se vende moins de PC dans le monde, il s’en vend toujours plus chaque année. Non, mais l’émergence des Smartphones et des tablettes fait, qu’en nombre d’unités en circulation un rééquilibrage s’effectue. Car ces petites machines sont de la micro informatique avec des OS et des applications. On a dépasser le cadre des téléphones avec petits écrans mais totalement fermés et propriétaires.

Sans tenter de faire dans la divination, on peut admettre que les 100% de la micro informatique, espace hier occupé entièrement par les PC, va, au fil du temps tendre vers un partitionnement de type 1/3. Un tiers de PC, un tiers de Smartphones, un tiers de tablettes. Le prix de ces deux derniers étant largement inférieur à celui d’une grosse machine de bureau, on peut même s’attendre à ce que, toujours en nombre d’unités, tablettes et Smartphones réunies dépassent les 66%. Le marché du PC classique (bureau, portable) restant toujours aussi énorme en unités vendues, mais ne comptant plus que pour une 20aine de pourcent dans le marché global de la micro informatique.

Microsoft est toujours le roi de son marché et de sa plateforme, c’est cette dernière qui ne représentera qu’à terme 20% du marché !

Le fantasme de l’”Everywhere”

Bien que devenu totalement marginal durant ces 20 années de domination des PC, le Mac d’Apple a su conservé un marché de niche, entretenu de façon un peu fanatique par le culte de la marque, le culte de la personne comme celle de Jobs.

Et bien que tous les développeurs PC aient bénéficié de la domination de Microsoft pour payer leur loyer et remplir leur écuelle de soupe, beaucoup ont conservé comme une espèce de blessure narcissique, fantasmant toujours sur la plateforme Mac.

De là est né le fantasme de l’”Everywhere”.

Les informaticiens gardaient ce rêve irrationnel d’un moyen d’écrire un seul logiciel qui marcherait aussi bien sur PC que sur Mac, même si ce dernier ne représentait plus rien (2% environ) du marché. Les restes de cette blessures d’avoir été obligé de choisir les PC et leur DOS très moche alors que leur cœur les poussaient à vénérer le Mac ? Très certainement. 

Dans le même temps, un autre phénomène incroyable autant qu’était imprévisible le succès des livres au temps de Gutenberg, le web explosait et modifiait en profondeur notre rapport à l’information. Et les limitations de Html, incapable de suivre la demande (vidéo, sons, animations...) ont forcé l’émergence d’un modèle particulier, celui des plugins.

Or, le web est accessible par toutes les machines, PC et Mac inclus. Les deux phénomènes ont alors fait jaillir une étincelle dans l’esprit des informaticiens comme deux fils électriques qui se touchent : concrétiser, 20 ans après, leur fantasme ! En écrivant un plugin qui fonctionne sur PC et sur Mac, on pouvait dès lors écrire des logiciels totalement portables entre les deux univers sans avoir à faire de choix !

On touche tout l’irrationnel de ce choix puisque le Mac ne compte plus en part de marché depuis longtemps. C’est un fantasme, une vieille blessure, une sorte d’affront enfin lavé. C’est tout. Technologiquement cela n’avait pas de sens dès le départ.

Flash de Adobe s’est engouffré dans cette brèche fantasmatique et finalement sans grand intérêt technique.

Mais l’histoire est pleine de rebondissements passionnants ! Flash a réveillé d’autres inspirations : celles de logiciels graphiques, animés, sonorisés. Flash a apporté la modernité au développement, bien plus que Apple n’a pu le faire en 30 ans. Flash a démontré qu’il était possible d’écrire des sites Web sous forme de vraies applications lookées, fonctionnelles, sachant gérer des données et pouvant rendre des services dignes d’une “vraie” application. D’autres technologies ont poussé dans la même direction (Ajax, Asp.NET...) toutes avec leurs points forts, mais aucune avec ce qui finalement avait fait le succès en partie d’Apple : le look.

Silverlight, quelques années après, a suivi cette voie. Celle du fantasme de l’Everywhere, WPF/E, WPF Everywhere.

La gloire de l’horizontalité

Ces quelques dernières années qui ont connu la monté en puissance de Flash puis celle de Silverlight ont été celles d’un grand rêve uniquement motivé par un vieux fantasme, une vieille frustration : écrire un logiciel une fois qui puisse tourner sur PC et sur le divin Mac adulé en secret par tous les PCistes...

Flash partout, WPF everywhere.

Le cross-plateforme universel était né. Un seul plugin porté sur PC et Mac, un seul logiciel à écrire qui fonctionne de la même façon partout.

Le plugin traversant horizontalement l’espace des OS permettant à un logiciel d’atteindre ce vieux rêve de la portabilité PC/Mac.

On notera au passage que tout cela n’avait dès le départ aucun sens véritable, le Mac ne pesait rien sur le marché, et il ne pèse toujours rien aujourd’hui. Toute cette débauche d’effets spéciaux n’a été motivée que par un vieux fantasme, une vieille frustration des PCistes.

Mais une fois encore l’histoire allait connaitre un rebondissement incroyable, transformant un rêve inutile en un besoin réel !

Le marché des tablettes et des Smartphones émergeant simultanément à tout cela a donné un autre sens bien plus concret à ce fantasme, un autre terrain de jeu pour exprimer avec encore plus de vigueur ce vieux rêve de l’Everywhere : Si le saint plugin était porté sur toutes ces nouvelles machines, on tenait enfin l’universalité tant désirée !

On y était presque.

On a caressé un instant ce rêve.

Nos yeux ont brillé de voir ce fol espoir se concrétiser doucement sous nos yeux.

Mais comme certains équipages Apollo qui n’ont fait que tourner autour de la Lune sans s’y poser, revenant sur terre avec le gout amer d’être allé si loin sans avoir touché le sol de notre satellite, un assassin a brisé notre rêve.

La bulle de rêve éclate alors. Le retour à la réalité est d’autant plus cruel que nous y étions presque !

On comprend mieux la suite...

Jobs l’assassin

Loin du mythe du grand visionnaire que sa mort ne fait que renforcer, Jobs a assassiné plusieurs rêves pour sa seule gloire, sa fortune personnelle et celle de ses actionnaires.

Assassiner la marque Apple

C’est un peu hors du sujet, mais Jobs a commis deux assassinats pour satisfaire sa petite personne, et si le second nous intéresse plus, le premier sera certainement celui que les historiens du futur retiendront...

Au lieu de redresser Apple et d’envahir le monde de Mac, d’autoriser peut-être (et enfin) les compatibles Mac, au lieu de vendre de l’OSX, au lieu de faire de Apple ce que cette marque aurait pu devenir sans toutes les erreurs du passé, non, Jobs a préférer délibérément sucer la substantifique moelle de l’aura Apple pour vendre de la musique en ligne et copier le concept de baladeur de Sony. Plus tard il copiera l’idée du Smartphone de longue date représenté par Microsoft Windows Mobile, il pillera sans vergogne l’idée de la tablette qui existait déjà dans le monde Windows, sans parler de l’Origami, ce concept présenté par Microsoft avant qu’Apple ne fasse l’Ipad...

D’une marque essentiellement élitiste avec toute l’aura qui allait autour (qu’on aime ou pas, la polémique de l’élitisme Apple faisant partie de l’image de marque), Steve Jobs s’est contenté de faire du grand public en bradant cette image de marque unique qu’était celle de Apple.

Aujourd’hui l’effet se tasse, Android mange sérieusement la suprématie de l’IPhone. Jobs a tué l’unicité de la marque. Il s’en est mis plein les poches, mais il a fait d’une marque d’exception une marque banale qui finira par se diluer dans la concurrence qui n’a pas forcément les deux pieds dans le même sabot...

Assassiner le rêve de l’Everywhere

Mais Steve Jobs a commis un deuxième assassinat. Il a tué le rêve de la portabilité, il a saccagé le fantasme de l’Everywhere.

En refusant, animé par une haine totalement psychotique, la présence de Flash sur les IPhone et IPads, alors même qu’il l’acceptait sur les Macs, Jobs a tué les plugin horizontaux.

Fin du rêve. Retour à la réalité. Back to 80’s.

Puisque tout le fantasme derrière les plugin comme Flash et Silverlight était l’universalité, la portabilité absolue, et puisque tout un pan de la microinformatique devenait inaccessible aux plugins, c’est toute la justification même de ces plugins qui se trouvait sapée à la base. Déracinée de toute justification.

En toute logique puisque le monde Apple serait pour toujours inaccessible, les plugins ne pouvaient plus prétendre être la solution de portabilité pour le futur.

Jobs l’assassin venait de briser un rêve qui était presque accompli et nous renvoyait 30 ans en arrière.

Par filouterie, usant d’une stratégie machiavélique classique, le même Jobs mettait en lumière Html 5. Le buzz autour de cette version de Html allait finir de semer la confusion dans les rangs des éditeurs de plugins, Adobe et Microsoft en tête.

Il faut bien prendre conscience que ce n’est pas Html 5 qui aura tué Flash ou Silverlight, Html 5 n’aura été que l’instrument manipulé par un fou haineux, un type qui voulait la peau de Flash, qui vomissait Flash pour de sombres raisons. Un type considéré d’ailleurs comme caractériel et instable. Steve Jobs.

De l’horizontalité à la verticalité : le grand Shift

Devant ce mur infranchissable que Jobs a dressé aux portes des IPhones et des IPads, qui pouvait lutter ? Qui pouvait prétendre forcer la serrure ?

Personne.

Les plugins ne pouvaient plus prétendre à l’universalité et c’est ainsi qu’ils disparurent...

Adobe et Microsoft l’ayant compris et sachant que cette bataille était terminée à deux doigts d’être gagnée ont alors “shifté” leurs stratégies.

Html 5 et ses quelques gadgets faisant le buzz, à quoi bon expliquer à un client que cela ne règlerait pas tous les problèmes que cela ne serait pas la panacée ? ...

Un proverbe arabe dit “on ne fait pas boire l’âne qui n’a pas soif”. Quelle sagesse...

Pour diriger une entreprise depuis longtemps je peux vous assurer que même animé des meilleurs sentiments, contre un buzz énorme vous ne pouvez rien. Perdre son temps pour expliquer à un client des détails qu’il ne veut pas entendre (et que souvent il ne peut pas comprendre) est la meilleure façon de perdre la vente... Nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours, il faut payer le loyer et donc vendre ce que les clients veulent acheter, même s’ils se trompent, même si on le sait. Les plus honnêtes comme j’essaye de l’être perdent des clients en refusant de les envoyer sur des voies aventureuses, mais je sais que chaque client que je perds ainsi sera récupéré à chaque fois par quelqu’un qui n’aura pas ma conscience et qui lui pourra payer les traites de sa BMW... Des fois ça donne à réfléchir je peux vous le dire, même si personnellement cela ne change rien à l’honneur que je tiens à garder quand je conseille un client. J’ai souvent eu raison, des clients sont parfois revenus avec courage me l’avouer, mais entre temps d’autres s’étaient mis l’argent de leur budget dans les poches... Déontologiquement je reste vierge, mais quand il s’agit de sortir le chéquier de l’entreprise pour payer les charges on se dit que ça fait une belle jambe !

L’honneur, la vérité, toutes ces valeurs ne se mangent pas en salade et ne payent pas le loyer.

Microsoft, comme Adobe, ne sont pas des enfants de chœurs, ce sont des règles qu’ils connaissent parfaitement. Et plutôt que de se perdre à expliquer que rien ne peut remplacer Flash ou Silverlight, ils ont abdiqué.

Peut-on leur en vouloir de faire preuve de réalisme ? Difficile. Même si certains amoureux de l’un ou de l’autre de ces plugins se sentent aujourd’hui abandonnés, sacrifiés, voire trahis.

La lucidité impose de se rendre compte que l’assassinat commit Steve Jobs est irrémédiable. Ses conséquences sont immenses, comme tout assassinat. Mais il faut vivre avec et s’adapter à un monde qui change.

Avant la mort d’une personne tout reste possible, se dire des choses, construire un futur, s’aimer, se détester. Après la mort de cette personne tout se fige en l’état. Et pour ceux qui survivent un monde différent émerge, un monde qui ne sera jamais plus “comme avant”, mais un monde plein de vie, de potentiel et d’espoir aussi.

La mort d’un rêve c’est la même chose. Une fois le deuil accepté, il faut penser à la reconstruction. A nouveau sourire, à nouveau se projeter dans le futur, à nouveau espérer, à nouveau conquérir d’autres espaces.

C’est pourquoi notamment Microsoft a décidé de faire un grand “shift”.

Le fantasme de l’horizontalité par le biais des plugins est mort. Rien ne sert de pleurer. Nous connaissons le nom de l’assassin, il est mort lui aussi, passons à autre chose.

Realpolitik !

C’est donc en toute logique et en toute lucidité que Microsoft a déplacé sa stratégie. Et il faut saluer ce réalisme.

C’est de la Realpolitik comme diraient nos voisins teutons.

La realpolitik (de l'allemand : politique réaliste) désigne « la politique étrangère fondée sur le calcul des forces et l'intérêt national »

Microsoft a donc choisi, comme Adobe, de laisser tomber le rêve de l’horizontalité. Aujourd’hui si vous voulez développer une application cross-plateforme, traversant horizontalement tous les OS, l’écho de la voix de Jobs vient vous dire d’outre-tombe “faites du Html 5”.

Tout le monde sait bien que Html n’a jamais été implémenté de façon identique par les browsers, tout le monde sait que Html 5 en faisant exploser le nombre de balises et leurs interprétations possibles, il n’y vraiment aucune chance qu’une application soit réellement portable facilement d’un browser à l’autre. Encore moins qu’avant.

Tout le monde a conscience que Html 5 n’arrivera pas demain à la cheville de ce que savent faire Flash et Silverlight depuis hier.

Tout le monde sait que pour en arriver au niveau de Silverlight 5 il faudra certainement 10 ans à Html et 20 ans aux browsers pour qu’enfin ils implémentent un noyau commun stable permettant un niveau de portabilité aussi transparent que ne l’offrent Silverlight depuis des années.

Non content d’avoir tuer un rêve, Jobs a fait perdre 20 ans de progrès à l’informatique.

Mais cela tout le monde n’est pas prêt à l’entendre et encore moins à le penser. Le buzz Html 5 est encore trop fort. Normal, on parle de quelque chose de virtuel pour l’instant.

Mais Html 5 dans la bouche des informaticiens et des médias c’est comme les filles et les motos dans la bouche des garçons de 15 ans, ils n’ont touché ni l’une ni l’autre mais ne parlent que de ça ... Il faudra attendre que tout ce petit monde murisse, que les premières désillusions éclatent au grand jour pour qu’enfin cesse le diktat du tout Html 5.

D’ici là, Microsoft, avec raison, aura “shifté” !

Trop compliqué d’expliquer. Et puis oser parler franchement des faiblesses de Html 5 aujourd’hui c’est forcément devenir une cible de tous les fanatiques de la planète, passer pour un aigri, un jaloux, pire un hasbeen s’accrochant au passé.

Bien entendu Microsoft ne tient pas à être classé dans ces catégories !

C’est pourquoi ils agissent sur deux axes en même temps :

  • Clamer haut et fort “vive Html 5 pour le cross-plateforme” !
  • Préparer avec vigueur l’avènement de la verticalité avec Windows 8

 

Clamer haut et fort les mérites des Html 5 pour le cross-plateforme est une stratégie très intelligente. Elle en fait hurler certains mais parce qu'ils n’ont pas compris que les dés étaient jetés. Jobs a tué le rêve du plugin universel, c’est fait, c’est fini, il faut se rentrer cela dans le crâne.

Donc clamer les vertus de Html 5 pour l’horizontalité n’est pas une traitrise, juste de la lucidité. Certes Html 5 n’est pas encore clairement définie, et cette norme ne le sera peut-être jamais d’ailleurs (certains veulent arrêter de numéroté les versions de Html pour en faire un projet en perpétuel évolution), certes les outils sont à la traine, certes les browsers n’implémenteront jamais la “norme” de la même façon, certes, certes... Mais il n’y a rien d’autre !!! Le cross-plateforme passera forcément par Html 5. C’est comme ça. Rien ne sert de se lamenter.

Toute la question est en réalité de savoir si le cross-plateforme, ce vieux fantasme, n’est tout simplement pas qu’un simple fantasme sans réel fondement... Le Web est “cross-plateforme” depuis toujours. Html 5 ne changera donc rien à cela. Et quand aux applications, à supposer que Html 5 le permettent, imaginez-vous un logiciel médical, un système de montage vidéo professionnel ou autre logiciel de ce type écrit en Html et en JavaScript ? Mais les désillusions viendront bien assez vite, les rêveurs se réveilleront un jour...

Mais la verticalité alors c’est quoi dans tout ça ?

Windows 8 : la verticalité

Le rêve “on est tous des frères et nos programmes marcheront partout” est cuit pour les plugins.

Microsoft n’a aucun intérêt réel dans Html qui ne lui appartient pas. Internet Explorer est diffusé gratuitement, aucun bénéfice à en attendre. Les outils de développements existent tous en versions gratuites très performantes. Tout cela coute de l’argent à Microsoft, pas mal, et ne rapporte et ne rapportera jamais rien. Il faut en avoir conscience.

Si Microsoft clame les vertus de Html 5 pour le cross-plateforme c’est qu’il n’y a plus d’autres choix pour ce besoin particulier. Ils se contentent donc de brosser les buzzeurs dans le sens du poil pour faire djeuns et dans le vent, ce qui est toujours bon pour l’image, cela ne coute rien...

En revanche Microsoft prépare sa riposte d’une autre façon : la verticalité.

L’éditeur a déjà sorti, très tardivement, Windows Phone 7, mais cela n’a pas bien marché. Le renouveau avec Nokia s’annonce déjà plus prometteur. Mais WP7 est un OS spécifique. Qui n’a aucune liaison ni portabilité avec Windows.

De plus Microsoft est absent du monde des tablettes, un marché très porteur.

Ils auraient pu faire comme Apple ou Google et réutiliser l’OS des téléphones pour proposer rapidement des tablettes.

Mais le lien avec Windows aurait, une fois encore, été perdu.

Et on sait que les revenus de Microsoft se font sur Windows et sur Office.

Le grand “shift”, la big stratégie qui se cache derrière tout cela devient claire : de l’horizontalité (qui ne rapportait rien, Silverlight étant gratuit) on passe à la verticalité : Un seul et même OS du PC de bureau au Smartphone en passant par les tablettes : Windows.

Le cross-plateforme à la sauce Windows

Ce n’est plus un plugin qui ne rapporte rien qui sert à faire un programme unique portable sur toutes les machines, c’est l’OS lui-même qui est portable sur les trois types de machines : PC, Tablettes, Smartphone.

Elle est là l’astuce.

Au lieu de traverser horizontalement les différents OS pour faire marcher des applications sur tablettes ou Smartphones, Microsoft nous propose un OS unifié qui fonctionne sur tous ces supports.

De fait, les applications WinRT seront cross-plateformes : elles seront utilisables sur PC, Tablettes et Smartphone.

Et pour ceux qui veulent à tout prix que leur appli fonctionne sur un Mac ou sous Linux, c’est à dire des marchés totalement ridicules en termes d’acheteurs potentiels, ils n’auront qu’à utiliser Html 5 comme le grand gourou Jobs leur a dit... Et bonne chance les gars !

(Re) back to the 80’s

Tout cela est bien joli. On comprend mieux ce qui se passe depuis quelques mois. On comprends mieux le pourquoi du comment et, je l’espère, vous commencez à y voir plus clair sur l’avenir de Silverlight.

Car ce dernier a un avenir : il va être le seul moyen de déployer un application sous Windows 8 via le Web sans passer par le market place, ses tests, ses redevances et ses 30% piqués à chaque vente...

C’est pour cela que Silverlight 5 comporte de nombreuses nouveauté bizarrement utilisables uniquement sous Windows.

On se détache progressivement du rêve horizontal et des 2% de part de marché que représentent les Mac... (celles de l’Iphone sont à jamais inaccessibles, rappelez-vous...).

Et quand WinRT sera totalement accepté, et que Microsoft aura peut-être ouvert une porte évitant de passer par un système payant (le market place), il est fort probable que Silverlight tire définitivement sa révérence. Mais cela est spéculation. Nous sommes obligés d’attendre pour voir. Personne ne peut lire le futur.

Ce dont nous sommes certains c’est que WinRT va devenir l’outil cross-plateforme de Microsoft, via un Windows 8 qui tournera sur toutes les plateformes justement. Pas celles des concurrents, Microsoft s’en fiche, comme s’en fichent Google et Apple.

C’est un repli sur soi-même, un retour aux fondamentaux : vendre sa marque et tenter de conquérir le monde avec elle.

L’avenir se présente ainsi pire que dans les années 80 où le délicat choix de développer pour Mac ou PC se posait.

L’avenir que nous a offert Steve Jobs est celui de trois blocs. Le retour de la guerre froide, comme si demain l’URSS refaisait surface et qu’on demande à chaque pays dans le monde de choisir son camp. Ami ou ennemi ?

Le lègue de Jobs est un monde déchiré, atomisé, l’anéantissement d’un rêve d’universalité.

Demain vont se dresser trois blocs : Microsoft, Apple et Google.

Chaque développeur devra choisir son camp. Ses alliés et ses ennemis.

Si tu développes pour Google, ne crois pas pouvoir porter ton appli sur IOS ! Et si tu travailles sous WinRT ne crois pas un instant pouvoir faire tourner tes softs sur Android. Il faut choisir camarade !

Le faux baba cool de Jobs aura créé un monde de haine et de division, en tout cas il aura participé à rendre ce monde plus haineux et plus divisé qu’il ne l’était avant ses géniales interventions dans le monde de la micro informatique...

Trois blocs, trois visions du monde

  • Le bloc Apple, la dictature très fermée au monde extérieur, te propose un OS pour les tablettes et les téléphones, et un autre pour les Mac. A toi de voir. Les outils de développements ne sont pas terribles, les règles sont très dures, tu ne seras jamais riche, l’Apple Store lui le sera, tu travailleras à la gloire de la marque.
  • Le bloc Google, grand sourire aux lèvres massue planquée dans le dos, te propose le rêve du cloud, pas d’OS, toutes tes données confidentielles dans leurs serveurs à eux. C’est gratuit, mais tu es leur chose, ils scannent tes mails et demain ton agenda, ta borne wifi, pour mieux te gaver de pub. Aies confiansssssssssss.... Comme disait le serpent du Livre de la Jungle. Ou celui qui pervertit Eve.
  • Le bloc Microsoft te propose un OS, Windows 8, qui marche sur toutes les machines. WinRT qui accepte que tu ne sois pas un fan de Xaml et C# et qui te permet de développer en natif même avec des saletés comme Html et JavaScript, si c’est pas de la grandeur d’âme ça ! Bien sûr il faudra payer ta dime au market place. Il faut bien que tout le monde vive...

 

Voici les trois bloc entre lesquels demain il va te falloir choisir camarade !

Windows 8 : Avantage cohérence ?

Lorsqu’on y regarde de plus près, Microsoft répond très tardivement à tous ces bouleversements que sont les tablettes et les Smartphones, l’évolution du Web.

C’est vrai qu’ils se sont laissés débordés, ils l’avouent d’ailleurs.

Mais finalement leur solution semble la plus cohérente et la plus novatrice.

Android par exemple ne propose qu’une pâle copie de Windows pour son OS tablette et téléphone : des icônes, des bureaux avec des icônes. C’est rassurant, ça ressemble à du vieux Windows.

Mais Microsoft avec Windows Phone 7, Windows 8 et Metro Style est le premier éditeur à proposer quelque chose d’autre, de plus novateur. Enfin on sort du système d’icônes et de la copie du bureau Windows qui date de ... tellement longtemps.

Avec Windows 8 sur PC et Tablettes, et bientôt assurément sur téléphones, Microsoft proposera un tout cohérent, sur les toutes les plateformes.

Bien sûr rien ne sera tout rose. Par exemple WinRT ne saurait être utilisé par de nombreux logiciels qui ne peuvent se satisfaire d’un mode sandboxé, et d’autres part nombres d’éditeurs refuseront d’abandonner du jour au lendemain 30% de leurs revenus au market place. C’est pourquoi Silverlight 5, ou même WPF 4.5 qui utilisent le bureau “classique” de Windows 8 auront de beaux jours devant eux.

Mais pour écrire un logiciel pour PC, Tablette et vraisemblablement pour téléphone, WinRT va vite s’imposer. Réexploitant habilement tout ce qu’il y a de bon dans .NET, à commencer par les API et les langages (Xaml, C#, VB...), WinRT permettra à une application d’être présente dans le monde entier sur tous les supports.

Oui mais ceux qui fonctionneront sous Windows.

Conclusion

La guerre des trois blocs ne fait que commencer !

Petit soldat développeur, Directeur informatique, Chef de projet, il va te falloir faire un choix. Windows, Google ou Apple.

Oublie tout de suite Html 5, tu gagneras du temps.

Pense sérieusement à de vraies applications. Quelle base installée et quelle base future seront les plus porteuses pour tes créations ?

Tu vois, tu commences à ressentir la grande angoisse des anciens, celle dont je te parlais en introduction, celle du choix qui s’offrait à nous dans les années 80, mais comme tout s’améliore avec le temps, tes choix à toi seront encore plus difficile à faire !

Merci Steve Jobs !

 

Stay Tuned camarade informaticien !

PS: A la suite de la parution de ce billet qui n'a pas laissé indifférents beaucoup d'entre vous, Dot.Blog a subi une attaque ciblée qui a eu pour effet la destruction de ce billet spécifique et de tous ses commentaires. La version ici publiée est un repost de la version originale, malheureusement les très nombreux commentaires qui avaient été publiés sont perdus :-( Jobs ou ses fanatiques admirateurs sont-ils venus se venger ? Mystère !

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